PARCOURS

Stephane ODDOSStéphane ODDOS Avocat

Bonjour Stéphane, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je suis avocat. J’ai 37 ans, marié, deux enfants. Après des études de droit somme toute « classiques » (DJCE-DESS droit des affaires à l’Université de Strasbourg en1999, un LLM en droit international privé à Warwick University (UK) en 2001) j’ai passé 4 ans dans un grand cabinet régional de Lyon qui s’appelait à l’époque Lamy, Véron, Ribeyre & Associés, puis 6 ans chez CMS Bureau Francis Lefebvre. J’ai rejoint en 2011 deux confrères que j’avais rencontrés chez Lamy, Véron, Ribeyre & Associés, et me suis associé avec eux au sein de la structure qu’ils avaient créée, le cabinet Jars, Pappini & Associés.

Pourquoi avoir choisi d’étudier la finance islamique à Strasbourg ? Et Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Ceux qui me connaissent savent que je suis venu à la finance islamique complètement par hasard, quand des clients koweïtis m’ont demandé de structurer l’acquisition d’un immeuble selon un mode de financement shariah compatible.  Un an après l’Université de Strasbourg créait le DU Finance Islamique. Strasbourg étant mon université d’origine et de cœur, j’ai été informé de cette création, et ai proposé aux associés pour qui je travaillais à l’époque de suivre cette formation. Cela m’a permis de faire de belles rencontres sur le plan humain, de découvrir le monde musulman, et de travailler sur des dossiers très intéressants, dont plusieurs sont toujours en cours de structuration.

Sur quel type de problématiques travailles-tu dans ton actuel poste?

Mon cœur d’activité reste le droit des sociétés « classique » et les fusions-acquisitions, ainsi que la structuration de financements par voie d’émission de titre de capital ou de créance (en offre au public ou placement privé). La finance islamique reste encore une activité de « niche », même si je travaille désormais depuis longtemps sur des projets de longue haleine.

Aujourd’hui comment envisages tu l’avenir de la FI en France et dans le monde ?

Le climat politique français est majoritairement hostile à l’expression religieuse en général, et à l’Islam en particulier. Dans ce contexte, je n’attends clairement rien du législateur ni des établissements financiers français, ni à court, ni à moyen terme. Il n’en reste pas moins que le développement d’un Islam de France est un enjeu sociétal de première importance, et j’en parle d’autant plus librement que je me définirais volontiers comme un chrétien protestant évangélique. Je pense donc que le développement de la finance islamique en France est un maillon important de la construction d’un Islam « de France », un facteur de paix sociale, car j’estime qu’il est indispensable que les millions de musulmans français puissent être fiers d’être français, et cela implique qu’ils puissent pratiquer un Islam apaisé, sereinement et dans le respect des lois de la République. Au-delà de l’impact sociétal, il serait dommage de passer à côté des qualités intrinsèques de la finance islamique, notamment ses caractères viscéralement entrepreneurial & participatif. Les banques françaises ont depuis des décennies été notoirement timides en matière de financement des PME-PMI et les schémas participatifs sont une parade à cette timidité que la crise financière semble avoir conforté. Ces schémas sont encore parfois un peu lourds et contraignant à mettre en œuvre si l’on prend soin de respecter la règlementation bancaire et financière, mais le jeu en vaut généralement la chandelle, et il semblerait que le législateur envisage d’assouplir les textes applicables pour faciliter les initiatives de crowdfunding. Pour être tout à fait clair, il ne subsiste plus beaucoup d’hypothèses de travail au titre desquelles rien ne puisse se structurer de façon 100% shariah-compliant. Je suis donc raisonnablement optimiste pour l’évolution de la finance islamique sur le marché français, mais à mon sens la solution se trouve, au moins à court terme, dans des schémas « désintermédiés » n’impliquant pas d’établissements bancaire français, ou alors simplement « à la marge », en qualité de PSI (Prestataires de Services Financiers) par exemple.


Dhia Eddine DAOUDDhia Eddine DAOUD Risk Manager

Bonjour Dhia Eddine, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Dhia Eddine DAOUD et j’ai 33 ans. Diplômé de l’Ecole Supérieure de Chimie, Physique, Electronique de Lyon (CPE Lyon) – Option Informatique, avec une troisième année à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), j’ai complété ma formation par un Master Recherche en Systèmes et Applications Répartis à l’Université Pierre et Marie Curie – Paris VI. Après mon cursus scolaire, et un projet de fin d’études chez IBM Montpellier, j’ai commencé mon expérience professionnelle, en Décembre 2005, chez France Télécom R&D en tant qu’Ingénieur Recherche et Développement où j’ai travaillé sur les systèmes répartis et les Grilles de Calculs (« Grid Computing »). Par la suite, je me suis orienté vers le domaine de la Finance. J’ai donc intégré BNP Paribas en janvier 2007 en tant que « Risk Business Anlyst » au sein de l’équipe « Risk Systems » pour travailler sur les systèmes de calcul des risques de marché et de contrepartie (calcul de la Value-at-Risk entre autres). Mon intérêt pour la Finance Islamique m’a poussé à poursuivre le premier Diplôme Universitaire de Finance Islamique en France à l’EM Strasbourg (Février 2009 – Mars 2010) en parallèle avec mon activité professionnelle. Ayant décroché le diplôme, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure et partir pour travailler au moyen orient pour mettre en pratique mes acquis en Finance Islamique. En Octobre Novembre 2010, j’ai rejoint KPMG Bahrain et Qatar en tant que Manager au sein de l’équipe de Conseil en gestion des risques. Durant 1 an et demi, j’ai pu travailler sur plusieurs problématiques de gestion des risques pour plusieurs clients y compris des banques islamiques. Par la suite, et depuis Avril 2012, je travaille en tant que « Risk Manager » au sein de la banque islamique « Qatar First Bank », où je suis responsable, entre autres, de mettre en place un Framework de gestion des risques répondant aux exigences de Bâle II et l’IFSB.

Pourquoi avoir choisi d’étudier la finance islamique à Strasbourg ? Et Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

J’ai découvert la Finance Islamique moderne en 2008 quand j’ai lu un article d’Anouar Hassoune sur le sujet. Le sujet m’intéressait beaucoup et je voulais approfondir mes connaissances dans le domaine. C’est ainsi que je n’ai pas hésité à m’inscrire à la première formation en Finance Islamique en France dès son lancement par l’EM Strasbourg. Outre les connaissances théoriques et pratiques en Finance et Economie Islamique qui nous ont été enseignées, et qui me sont très utiles dans mon travail actuel, la formation fut pour moi une expérience personnelle très enrichissante. En effet, le master fut l’occasion de savourer à nouveau le plaisir de la vie étudiante pour 3 ou 4 jours par mois. Aussi, la diversité des profils des élèves fut une source de richesse pour la formation. Enfin, je pense que le Diplôme Universitaire m’a ouvert les portes sur le monde de la Finance Islamique.

Aujourd’hui comment envisages tu l’avenir de la FI en France et dans le monde ?

Je pense que la FI aura de beaux jours devant elle dans la région MENA, la Turquie, la Malaisie et l’Indonésie car il y a un réel besoin et surtout une volonté politique (surtout après le printemps arabe en Tunisie, Libye et Egypte). A titre d’exemple, une récente étude montre que la Finance Islamique pourrait atteindre jusqu’à 40% de part de marché en 2016 en Tunisie comparé à 2.5% actuellement. Aussi il paraît que la Libye souhaite convertir plusieurs banques conventionnelles en banques islamiques. Donc la dynamique pour le développement de la Finance Islamique dans ces pays est clairement là et ceci est encourageant et motivant pour les étudiants et diplômés de Finance Islamique de l’Université de Strasbourg. Quant a l’avenir de la FI en France je suis malheureusement sceptique car il n y a pas une réelle volonté politique. Les débats sur le développement de la FI en France ont commencé il y a 4 ou 5 ans et jusqu’à ce jour il n y a rien eu de concret qui soit mis en place à l’exception des formations et des conférences.